Portrait : Manon Locteau, co-gérante du kiosque Basta.
MANON LOCTEAU
La créative aux mille vies
BORDEAUX
Bastakiosque à Pey Berland, Bordeaux.
Crédit photo : Madani Kacimi
Crédit photo : Madani Kacimi
Il y a un peu plus d’un an, le 6 novembre 2024, renaissait de ses cendres le kiosque à journaux de la Place Pey Berland après deux ans et demi de fermeture. Aux manettes de cette réanimation, Manon Locteau et Maxime Morcelet, associés depuis 2017 dont la spécialité sont les projets rimant avec culture, mouvement et cuisine de haute qualité.
Le duo de choc n’en est pas à son premier coup d’essai. Ils sont déjà liés dans l’association Gang of Food, dédiée à la création de spectacles et expériences artistiques et culinaires avec une approche durable ainsi que dans le Café BB, café-épicerie-restaurant qui jouxte la médiathèque de Mériadeck. Des projets qui n’ont apparemment pas de dénominateur commun alors que si ! Tout est cohérent et bien ficelé.
Quel est le petit supplément d’âme, le grand je-ne-sais-quoi de « Basta » qui font que cet endroit n’est résolument pas comme les autres ? C’est un lieu de découvertes culturelles, de rencontres parfois inattendues et surprenantes, un point central dans la ville où occupent une place de choix : chaleur (notamment via leur café de spécialité), originalité (grâce à, entre autres, une sélection de titres de presse pointus et indépendants) et bonne humeur (DJ sets et événements festifs sont au programme régulièrement).
Crédit photo : Madani Kacimi.
Vous l’aurez compris, ce qui prime là-bas, c’est le LIEN sous toutes ces formes et faire société ENSEMBLE.
C’est Manon qui a répondu à mes questions même si Maxime veillait, pas loin, en toute discrétion. Nous étions assises devant le kiosque, en plein centre-ville, dans le cœur battant de la Belle Endormie avec en fond sonore ce qui la caractérise : le ting ting du tram, le bruit incessant de la circulation et des conversations captées à la volée.
C’est parmi ce joyeux vacarme qui fait son quotidien que la jeune femme m’a raconté son parcours très riche et m’a partagé ses/leurs engagements d’hier, d’aujourd’hui et pour demain.
Une enfance et une adolescence douce et tranquille en bord de mer.
Manon est née à La Rochelle il y a trente-six ans, une ville idéale pour naître et grandir. Son enfance fut très douce et joyeuse, entourée d’une grande sœur et d’un grand frère. Elle était une petite fille calme et sage sans doute parce que c’était la petite dernière. Son parcours scolaire fut sans encombre. Elle a adoré l’école avec une préférence pour les lettres. Elle ne savait pas vraiment quel métier exercer car faire des choix a toujours été problématique pour elle.
Ce qui l’a beaucoup structurée pendant sa scolarité, ce fut sa passion ultime, la danse. Elle a intégré le Conservatoire à l’âge de neuf ans et ne l’a plus quitté jusqu’au lycée. Sa vie était rythmée par la musique et la danse qu’elle exerçait une dizaine d’heures par semaine étant en section CHAM (Classe à Horaires Aménagés Musique) au collège.
Bonne élève, après un rendez-vous avec un conseiller d’orientation qui l’a aiguillée, elle s’est ensuite décidée à aller en section Littéraire en première car elle était plutôt intéressée par les arts et les sciences humaines.
La culture au centre de ses projets professionnels :
Après le baccalauréat, une chose était sûre : elle voulait quitter La Rochelle même si elle s’entendait très bien avec sa famille et elle ne voulait pas aller en Faculté de Lettres car elle ne voyait pas les débouchés que pouvait offrir ce cursus. C’est à Nantes qu’elle posa ses valises pour faire une classe préparatoire littéraire Hypokhâgne/Khâgne. Elle a adoré n’ayant aucun problème avec le cadre, la rigueur et la discipline et quel foisonnement intellectuel ! Elle s’est ensuite envolée pour Londres en Erasmus au King’s College avec une de ses amies. Elle y resta un an. A son terme, elle revint à Bordeaux III pour un Master en Ingénierie de Projets Culturels (IPCI) pendant deux ans durant lesquels elle a eu l’opportunité de faire des stages très formateurs :
Un premier pas décisif dans le monde du travail :
Manon fut chef de projet pendant trois ans, de 2012 à 2015, au sein de l’association Sew and Laine qui n’existe malheureusement plus aujourd’hui. Un premier poste très riche et rempli de challenges :
Manon a ensuite travaillé dans une maison d’écrivains, au centre François Mauriac près de Langon en tant que chargée de communication puis en tant que pigiste à Radio Nova avec le Réseau des Associations des Librairies Indépendantes de Nouvelle-Aquitaine. Elle enregistrait la parole des libraires qui présentaient des livres, elle leur posait des questions puis elle faisait le montage. Dans le même temps, elle a travaillé à l’Université de Bordeaux à la Maison des Arts dans le bâtiment de pratique des arts (cinéma, arts plastiques…), elle était à l’accueil et facilitait la vie des étudiants. Puis, par le biais de cette mission de développement, elle est arrivée au TNBA (Théâtre National de Bordeaux Aquitaine) et y resta jusqu’en 2018.
Comment Manon est tombée dans la vie d’entrepreneuse ?
De 2018 à 2022, les deux associés ont tenu tous les deux le bar-restaurant du TNBA. Ce fut très intensif puis ils ont ouvert un deuxième restaurant à la Manufacture CDCN (Centre de Développement Chorégraphique National) entre Bordeaux et Bègles qui est dans une ancienne usine de chaussures où ils ont créé un lieu de vie avec un jardin potager, des ateliers, etc… de 2019 à 2022. Ils se sont heurtés à pas mal de problématiques sur le lieu (COVID, fuites, sol pollué, grandeur de l’endroit). Ils ont donc dû arrêter mais ont continué leur partie évènementielle via Gang of Food. Voulant prendre un tournant plus artistique, ils ont formé leur premier format de spectacle de danse avec la compagnie nantaise AMIE AMI. La même année, le duo a répondu à un appel d’offre de la Mairie de Bordeaux pour occuper le café-épicerie jouxtant la Bibliothèque Mériadeck et là encore, banco ! Manon nous explique tout :
Comment Basta est devenu une évidence pour eux deux ?
Basta a répondu à une envie de travailler dans l’espace public à l’image de ces centres névralgiques dans le Sud de l’Europe pour créer un lieu de rencontres et recréer du lien social.
Comment Basta se démarque des autres kiosques et comment fonctionne t’ il (avec en guest-star, en live, une parfaite illustration de ce que peut être le lien social) ?
Quelle rencontre a le plus marqué Manon ?
Quels sont les projets futurs de Manon et Maxime?
Qui sait, peut-être que Basta verra fleurir un petit frère ou une petite soeur un de ces jours à Bordeaux?
Basta
22, place Pey Berland
33 000 Bordeaux.
Du Mardi au Samedi 10h-18h.
Portrait chinois
Quelle enfant étais-tu ?
Gourmande, sage et joyeuse.
Quelles sont les valeurs importantes pour toi?
L’ honnêteté, l’empathie et l’égalité.
Ce que les gens ne savent pas sur toi ?
Mon âge!
Si tu étais un animal ?
Un chat.
Ta devise ?
Le positif attire le positif même si je suis consciente que ce n’est pas si simple. Les jours sans, c’est ok.
Les endroits que tu préfères à Bordeaux?
- Place Saint-Michel, le thé à la menthe de chez Momo.
- Chez Flou, 21 rue Saumenude, 33 800 Bordeaux.
- Le CAPC, le Globe Théâtre et le TNBA.
L'objet qui ne te quitte jamais?
Ma bague Boobs de Bangla Begum.
Si tu devais mourir demain, tu ferais quoi?
La fête.
Tes passions?
La danse et créer des projets.
Les chansons et les livres que tu aimes ?
Alain Bashung : La nuit je mens.
Brigitte Fontaine : Ah que la vie est belle.
Une chanson de la BO des Demoiselles de Rochefort.
Un livre de Mona Cholet ou Lauren Bastide.
Les projets dont tu es la plus fière aujourd'hui?
Les formats spectacle qu’on a créés avec Gang of Food et le kiosque.
Ta prochaine première fois?
Je ne sais pas.
Manon Locteau et sa bague Boobs.