Une question de kiff absolu.
Quand les mots pansent.
Les rayons de soleil ne se trouvent pas forcément dehors. Ils peuvent percuter sans crier gare et émaner d’endroits insoupçonnés.
Il y en avait un qui vibrait à chaque fois que je passais devant lui, rue Chauffour à Bordeaux : ce graffiti esquissé au marqueur noir sans artifice. ENIVREZ-VOUS. Je me souviens qu’à chaque fois que mon regard tombait dessus, je me demandais :"Mais de quoi pourrais-je bien m’enivrer aujourd’hui?” Un interrupteur s’allumait direct et mon imagination s’emballait. Cette belle invitation a été effacée depuis mais elle est indélébile dans ma boîte à souvenirs. Je l’ai même accrochée dans les toilettes de cette maison!
Connaissez-vous Charles Baudelaire? Cet immense poète à l’origine des Fleurs du Mal, recueil majeur de la poésie française du XIXème siècle? Celui à la vie tumultueuse pavée d’excès? Ces poèmes ont habité mon année de terminale, je les traînais partout avec moi et je me demandais bien pourquoi certains vers résonnaient autant dans mes oreilles. Et puis, un beau jour, je suis passée à autre chose. Jusqu’à ce que je tombe sur cette interpellation murale. En fait, Enivrez-vous est un poème de Baudelaire. Il était revenu toquer à ma porte.
Un de mes podcasts préférés est le Goût de M, produit et présenté par Géraldine Sarratia. Chaque semaine, une personnalité raconte son histoire du goût. J’aime particulièrement la manière dont la journaliste guide et enrobe son invité avec pudeur et finesse. Hier, j’ai écouté celui dédié à François Civil. pendant que je préparais mon déjeuner. Chez cet homme, ce sont ses coulisses que je préfère, celles qu’il veut bien dévoiler en interview. C’est bien simple, le mec, autodidacte en tout, avec un faux air détaché me bluffe à chaque fois.
A la fin des 50 minutes d’entrevue, il fait référence à un poème qu’il a gardé dans ses notes de téléphone pour pouvoir le réciter par coeur un jour. Je vous le donne en mille : il s’agit d’Enivrez-Vous. Mon sang n’a fait qu’un tour.
Hier, Trump a été élu Président des Etats-Unis. Un énorme coup de massue (un gros FUCK?) sur la démocratie, le droit des femmes, celui des immigrés et j’en passe. Une fois de plus, la pénombre semble gagner du terrain.
La voix de François Civil, son élan, sa voix solaire et la force de ces quelques vers ont été une belle lueur dans ma journée. Sans parler de son mot de la fin. Je vous les partage (à écouter jusqu’au bout).
(la vidéo de Serge Reggiani à laquelle fait référence l’acteur est disponible sur le site de l’INA.)